Manuel. 

A Propos. 


Qui suis-je ?

Je suis né en 1991 dans Le Minas Gerais, un vaste État à l’intérieur des terres, au sud-est du Brésil, connu pour ses villes de l’époque coloniale fondées au XVIIIe siècle, alors que le pays connaissait une ruée vers l’or.


Résident actuellement à Montpellier, je pratique le dessin et la peinture de manière singulière. Ma production artistique personnelle débute environ à l’âge de cinq ans. Ma première influence artistique majeure fut la découverte vers l’âge de quatorze ans, du cinéma du nouvel Hollywood. Le visionnage de ces films a été un choc esthétique important car leur travail était complexe sur le plan thématique, formellement novateur, moralement ambigu, et riche en résonance mythique.


Le nouvel Hollywood a vu naître certains des plus grands réalisateurs et plus grandes oeuvres de l’histoire du cinéma où immoralité et violence extrême, auparavant censurées par le code Hays, se mêlent dans des histoires crépusculaires et désespérées. L’ambiguïté, la vision réaliste des individus et de leurs problèmes, la volonté d’explorer les profondeurs de l’âme humaine et l’utilisation des antihéros sont des thèmes qui ressortent dans mon travail pictural.

Diplômé d’un Master Pratiques Plastiques Contemporaines à l’université Paul Valéry III de Montpellier, j’enseigne le dessin académique dans un établissement supérieur privé de Design et d'architecture d'intérieur (ESDAC Montpellier) ainsi que des cours de peinture à l’huile pour l’Atelier de Mo situé dans le quartier des beaux arts de Montpellier. Ma pratique artistique personnelle se fait de manière naturelle, quasi quotidienne. La création artistique est pour moi une conviction forte, une passion.


Depuis quelques années, je pratique également la photographie et la vidéo. Mes inspirations picturales sont les peintres suivant : Jan Van Eyck, Edvard Munch, Vilhelm Hammershoi, Edouard Manet, Vermeer, Rembrandt & Caravage. Je suis également lecteur de poésies, notamment la poésie de la seconde moitié du XIXème siècle (Rimbaud-Baudelaire-Verlaine-Sully Prudhomme).

Démarche Artistique


Une femme assise de dos dans un intérieur dépouillé, un cadre sans peinture pour seul décoration. Devant cette femme, une table avec deux bouteilles vides et une soupière en porcelaine. « Intérieur avec une femme » huile sur toile du peintre Danois Vilhem Hammershøi datant de 1910 représente à mes yeux un parfait exemple de « peinture silencieuse ». L'ambiance énigmatique qui se dégage de cette œuvre est créée grâce à plusieurs facteurs.En effet Hammershoi traite son sujet avec une extrême économie de moyens en supprimant tout détail superflu, mettant en avant le vide, à peine animé par la silhouette sombre d'une femme. Sa palette étouffée composée de camaïeux de gris et de bruns ajoute encore au mystère de cet intérieur. C’est avec cette œuvre que j'ai ressenti pour la première fois le «silence» en peinture.


Le silence représente pour moi un moment de calme, de sérénité nécessaire au bien être et à la réflexion. A l'heure où le monde est de plus en plus bruyant, la valeur du silence est en effet à redécouvrir. Notre société est empoisonnée par la pollution sonore permanente au point qu'elle devient, pour certains une drogue. Bons nombres de gens sont devenus incapables de vivre dans le silence : ils ont besoin d'un fond de musique, de mouvement, d'être entouré de discussions animées, besoin de faire la fête etc. Le silence, le calme les inquiètent, voir leur fait peur.


Étymologiquement et historiquement, le mot « Silence » vient du latin « Silentium » qui désigne l'absence de bruit, d'agitation. Philippe de Thaon, moine et poète anglo-normand du début du XIIe siècle le définit dans son bestiaire (1121-1134) comme « état de celui qui s'abstient de parler, fait de ne pas parler ». Le silence est le fait de ne pas exprimer sa pensée, oralement ou par écrit, par exemple « on l' a réduit au silence. » ou « Passer une chose sous silence ». Il peut être envisagé comme rapport au bruit « Silence absolu, écrasant, éternel ; un silence de mort. », comme relation avec le mouvement « J'écoute: un calme formidable pèse sur ces forêts; on dirait que des silences succèdent à des silences » (Chateaubriand.,Voy. Amér. et Ital., t. 1, 1827, p. 73). Le silence peut aussi être envisagé en tant que moyen d’expression, c'est le fait de laisser entendre sa pensée, ses sentiments, sans les exprimer formellement. Il désigne à la fois le calme, la sérénité, la méditation et la souffrance intérieur « Ce fut d'abord une étude. J'écrivais des silences, des nuits, je notais l'inexprimable. Je fixais des vertiges. » (Arthur Rimbaud, Une saison en enfer – Alchimie du verbe, 1873)


Peindre le silence est une tentative de mettre en images les profondeurs de l'âme humaine en utilisant la peinture à l'huile comme médium. L'objectif étant de mettre en place une ambiance statique où règne une immobilité troublante avec des compositions dépouillées, peuplée ou non de personnages mutiques, factices parfois réels.


La peinture silencieuse est une forme qui va permettre d'étudier la part sombre de l'homme. L'idée est de faire une sorte de diagnostic de l'être humain afin de le montrer dans toute son ambiguïté, sa complexité, son irrationalité. William Friedkin propose cette approche au cinéma avec ses œuvres majeures « French Connection » (1971), « L'Exorciste » (1973), « Sorcerer » (1977), «To Live And Die In L.A.» (1985). Les raisons de ce choix peuvent être expliquées par une certaine fascination du mal. Le mal à un aspect mystique, mystérieux et inconnu. Il est souvent assimilé au danger, les risques pris pour y accéder sont perçus comme un défi à relever et un challenge à défier. Il permet de voir de « l’autre côté du miroir. » Éprouver des émotions différentes que celles éprouvées habituellement.


Je développe le concept de « peinture silencieuse » via la peinture à l’huile. La notion de peinture « silencieuse » est une tentative pour matérialiser le silence avec un médium apparu au XVe siècle. Le but étant de mettre en place une combinaison de choix esthétiques afin de faire naître une ambiance stagnante, où le temps semble être suspendu. Palette de couleurs restreintes, ruines contemporaines comme image de l’espace mental d’un être humain et objets inanimés tels les automates, poupées et personnages de cire en sont les principaux composants.


La combinaison de ces différents éléments tend à approcher le concept « d’inquiétante étrangeté » théorisé par Sigmund Freud en 1919. En effet la peinture silencieuse est une structure mise en place afin de rendre compte des profondeurs de l’âme humaine. L’étrange, étymologiquement ce qui est extérieur, non familier, peut aussi se référer à ce qui est caché au plus profond. Mon travail est en quelque sorte une autopsie de la psyché humaine – Le silence comme état sonore, le silence comme méditation, le silence.


La Métamorphose des Idées.

Je pense que l'artiste est un traducteur de la pensée. L'écrivain met des mots sur des pensées, le peintre lui traduit ces pensées via des images. Il tente de transformer en représentation visible et palpable la secrète inscription logée au plus profond de nous. Il s'agit de traduire l'image ancrée au plus profond de l'individu afin de la rendre la plus efficace possible. L'artiste utilise une multitude d'outils à sa disposition (Organisation et composition de l'image, choix chromatiques, mise en place et choix précis des différents éléments qui composent la toile) pour rendre compte de ses pensées. C’est un va et vient incessant entre la psyché et la main du peintre.


La création est un processus complexe et irrégulier qui peut engendrer chez l'artiste une grande frustration si celui-ci n'arrive pas à retranscrire ses idées comme il l'avait imaginé au départ. Il semble que le plus difficile soit d'accorder de manière la plus évidente possible le fond (Les idées, les ressentis, les souvenirs) et la forme. L'idéal serait de créer une œuvre qui soit la plus « fluide » possible, où les longues heures de travail n'apparaissent pas à l'image. Il y a toujours un écart entre l'idée de départ, cette chose mentale (une idée, un instant gravé dans notre mémoire comme un souvenir plutôt amorphe et inerte, sans structure comme un fantôme) et l'objet concret produit par la suite, ce qui explique qu'il y ait toujours une sorte de déception, de frustration après la réalisation d'un projet.


C'est une lutte avec le matériau, pour le maîtriser et l'amener à la pleine réalisation de l'idée qui animait l'artiste dans sa toute première inspiration. La réalisation d'une peinture ou d'une sculpture nécessite une grande concentration ainsi qu'une implication de tous les instants, ce n'est pas un amusement ou une chose à prendre à la légère il faut au contraire vendre chèrement sa peau pour aboutir à une production plastique. Dans ma peinture je tente de ne jamais être trop didactique car il me semble que le dialogue entre créateur et récepteur de l’œuvre est avant tout riche de ce qui ne se dit pas, de ce qui ne se sait pas.


Le spectateur est poussé vers une réflexion qui lui est propre si celui-ci n'est pas soumis à des conclusions toutes faites par l'artiste. Aussi, l'inspiration ne vient pas par magie mais par le travail, de sorte que le sujet d'un tableau doit mûrir en moi comme la gestation d'un enfant jusqu'à l’accouchement. L’œuvre est le résultat d'un long processus de réflexions, d'analyses et de découvertes, c'est une entreprise complexe et un parcours semé d’embûches.


Chaque peinture représente un examen de passage pour mon droit à la création, faire face à une toile blanche est un défi que l'on doit surmonter à chaque nouvelle création. En proie aux doutes et confronté à une multitude de questions : ai-je fait le bon choix ? La composition est-elle adaptée à mon sujet ? Vais-je réussir techniquement cette partie du visage ? Est-ce que je parviendrai à rendre correctement cette lumière ? Le processus de création artistique est semblable à un accouchement douloureux.